Le prix du Dharma

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Un riche marchand s’interrogeait un jour sur sa vie. Il n’était pas malheureux, mais il n’était pas vraiment heureux non plus. Indépendamment de ses réalisations matérielles, il avait toujours l’impression qu’il lui manquait quelque chose d’indéfinissable.

Il alla donc voir le vieux maître d’un monastère Zen, et lui demanda de lui enseigner.

– J’entends ta demande, jeune homme, mais vois-tu, le prix de mon Dharma (enseignement, mais aussi le sens même de la vie) est très élevé. Combien es-tu prêt à payer pour mon Dharma ?

– Je suis très riche, Maître. Dites-moi ce que vous voulez, et je vous le donnerai.

Le Maître éclata de rire.

– Le prix de mon Dharma est bien plus élevé que quelques pièces. Il faudrait que tu sois 1000 fois plus riche que ce que tu l’es déjà pour pouvoir l’acheter !

Le marchand s’en fût, songeur. Au bout de quelques mois, il réalisa que si le Dharma pouvait être acheté, alors tous les gens riches le possèderaient. C’était sans doute la même chose avec la force, le pouvoir, sans doute même avec les conquêtes amoureuses. Mais alors, comment obtenir le Dharma ? Qu’est-ce qui pouvait être plus précieux que toutes les satisfactions et tous les exploits du corps ?

Après quelques mois de réflexion, il revient vers le Sage :

– Me revoilà, Maître. Je vous donne ce que j’ai de plus précieux : mes pensées. Je suivrai tous vos enseignements, j’obéirai à vos moindres demandes, je lirai et comprendrai les livres que vous m’indiquerez. Mais surtout, je passerai mes journées sur le coussin de méditation pour vaincre mon mental…

Mais le Maître éclata de rire.

– Qu’ais-je à faire de tes pensées, pépiements d’oiseau sans cervelle ? Il te faudrait 1000 fois plus de pensées pour payer mon Dharma avec !

Il fallu près d’un an au commerçant pour se remettre de cette humiliation. Cependant, il reconnu qu’il y avait du vrai dans ces propos apparemment si durs. Si le mental permettait d’accéder au Dharma, alors on aurait déjà trouvé depuis longtemps la façon de le démontrer, et tous les érudits le posséderaient. Or, ce n’était pas le cas.

Cela le consola un peu, mais ce n’était pas encore la réponse qu’il attendait. Qu’est-ce qui était encore plus précieux que les pensées ? L’illumination lui vient au milieu d’une expérience méditative particulièrement profonde, et, tout heureux, il revint vers le moine :

– Maître, je vous offre ce que j’ai de plus précieux. Mon coeur, mes émotions, mes désirs. Je vous offre tout ce qui fait le prix de ma vie, de ma joie de voir le soleil se lever, jusqu’aux relations avec mes amis et ma famille, en passant par mes expériences spirituelles les plus belles. Je suis prêt à rechercher celà, à les vivre en pleine conscience, et à vous les offrir pour apprendre votre Dharma.

Mais le Maître ne fit qu’en rire.

– Tes émotions ne sont que des vagues agitées par le vent. Fortes ou faibles, elles retombent quand le vent se tait. Il te faudrait 1000 fois plus de coeur pour que je t’enseigne mon Dharma !

Assis sur son coussin de méditation, le marchand bouillait à l’intérieur. Que pouvait-il offrir de plus ? Et qu’est-ce qui valait la peine qu’on lui abandonne les plaisirs du corps, les constructions de l’esprit, les jouissances du coeur ?

Mais au bout de plusieurs années, le marchand compris que tout cela ne pouvait pas être uniquement à propos de lui. Certain de détenir la clé, il revint donc voir le Maître.

– Maître, je m’incline devant votre sagesse. Le Dharma ne peut pas être uniquement à propos de moi. Si vous m’enseignez votre Dharma, alors je consacrerais ma vie à sauver le monde, à en faire un endroit meilleur.

– Quel intérêt ? pouffa le sage. Que le monde reste où il est, qui t’a dit qu’il avait besoin d’être sauvé ? Tu sauverais 1000 mondes, que cela ne serait pas un prix suffisant pour mon Dharma.

A ces mots, le commerçant senti sa colère exploser en lui. Ce moine ignorant se moquait de lui depuis le début ! Alors furieux, avant de le quitter définitivement, il hurla :

– Je vais te le dire, où tu peux te mettre ton fichu Dharma, vieil homme ! J’étais prêt à donner tout ce que j’avais et tout ce que j’étais, mais j’avais tort. Tu n’as rien à m’apprendre, je n’ai pas besoin de toi, et certainement pas besoin de ton Dharma !

Et il tourna les talons.

Mais alors qu’il passait la porte, le sage lui dit dans un sourire :

– Surtout, ne perds pas mon Dharma.

Et l’homme atteignit l’illumination.

= = =

Nous remplissons souvent nos vies de réalisations, d’objectifs, de gens, de méthodes, de techniques, à la recherche du ‘bonheur’, de la libération. Cependant, nous prenons parfois ces moyens pour des buts. Nous nous attachons à ce qui devrait nous libérer.

Comme un hamster dans une roue, nous tournons sur les cercles du corps, du mental, ou du coeur. Si cela ne marche pas, alors nous tournons plus vite, plus fort, ou plus longtemps, dans l’espoir de trouver ce que nous recherchons au fond de nous. Mais 1000 tours dans sa roue ne font pas plus avancer le hamster.

Aucun de ces cercles n’est mauvais en soi. Chacun d’entre eux mérite d’être exploré et respecté en tant qu’un aspect de la Vie. Cependant, ce que nous recherchons est au-delà de ces cercles, au bout du lâcher-prise absolu, par-delà le Vide. Le Chemin qui nous mène à notre Centre ne tourne pas le long de nos cercles, mais il passe à travers leurs illusions.

Car ce que nous recherchons est, tout simplement, ici et maintenant…


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